Témoignage franc et sincère d’un ancien résistant
- pondiunc
- 30 mars 2016
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> Roger Varambon, 92 ans, a rencontré 24 élèves de CM1 et CM2 de Claude-Marquet. Les écoliers l’ont questionné sur son combat lorsqu’il avait 20 ans, dans le Vercors entre autres. Extraits.
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> Avez-vous tué des personnes ? Avez-vous été choqué ?
> Pendant la guerre, oui. Mais on n’avait pas le temps d’être choqué. C’était eux ou nous. C’est malheureux, mais c’est ça la guerre.
> Quelle est votre meilleure mission ou réussite ?
> J’ai eu pas mal de réussite puisque je suis vivant.
> Avez-vous été fait prisonnier ?
> Non, ils n’ont jamais réussi à m’avoir.
> Quelles sortes de pièges avezvous mis en place dans le Vercors ?
> Je faisais sauter des trains allemands.
> Quels ont été vos sentiments quand vous avez entendu que la guerre était déclarée ?
> J’étais jeune, j’avais 17 ans. La guerre on l’a d’abord perdue. Le gouvernement français était pro allemand. En 1943, j’avais atteint mes 20 ans, j’ai rejoint le maquis. Après, on disait la Résistance. Beaucoup ont fait comme moi, d’autres pas.
> Avez-vous entendu l’appel du Général De Gaulle ?
> Oui, mais beaucoup plus tard. La radio anglaise ne l’a pas diffusé.
> Avez-vous rencontré Jean Moulin ?
> Non jamais. Il était trop haut pour moi.
> Êtes-vous fier d’être un résistant ?
> Très fier, mais après, pas pendant. La preuve, c’est qu’on a fait la libération de Lyon. Immédiatement après, on s’est engagés. J’étais lieutenant, vingt-cinq gars sont venus avec moi.
> Est-ce que la guerre c’était tous les jours ?
> On était toujours en mouvement, pour ne pas être repérés. Ce n’est pas comme dans la une guerre de tranchées.
> Avez-vous vu Hitler ?
> Non. D’ailleurs, il n’était pas fou. Il faisait combattre les autres, mais on ne le voyait pas.
> Avez-vous un jour eu peur de mourir ?
> Je n’y pensais pas beaucoup. Mais j’avais la frousse comme tout le monde.
> Quelles ont été vos blessures de guerre ?
> En treize ans de combats, comme résistant puis militaire, je suis passé au travers, mais c’est rare. J’avais la baraka, ça veut dire la chance.
> La guerre était-elle dure ? Avez-vous eu faim ?
> Oui. On mangeait ce qu’on pouvait. Je me souviens d’un cultivateur. On s’était ravitaillé deux fois chez lui. La troisième fois, il nous a dit : « Vous voyez ce champ d’haricots verts ? Il est à vous. » Mais il fallait faire attention. Tous n’étaient pas comme lui.
> Quelle est votre pire défaite ?
> Ce n’est pas moi qui l’ai eue, c’est la France.
> Avez-vous perdu un ami cher au combat ?
> Oui. C’était dur, mais c’est comme ça.
> Avez-vous quand même connu des moments agréables ?
> Hélas non.
> Aviez-vous des nouvelles de votre famille ?
> Non, c’était interdit. Je ne pouvais pas donner d’adresse.
> Comment êtes-vous arrivé en Bretagne ?
> Comment je me suis perdu en Bretagne, alors que j’étais à SaintÉtienne ? (Rires). Ma femme est décédée. Ça m’a foutu en l’air complètement. C’est ma fille qui m’a pris en charge.
> Recueilli par les élèves d’Emmanuelle Jéhanno, de l’école Claude-Marquet.
